Yoann Ignatiew
Associé-Gérant, Responsable de la gestion actions internationales et diversifiée
Être un investisseur durable est un défi touchant sans distinction le monde des institutionnels et celui des particuliers. La transition géographique pose très vite, quant à elle, la question des limites de l’univers d’investissement.
D’un point de vue financier, il nous paraît limitant de restreindre notre spectre d’investissement aux territoires les plus matures en matière de durabilité. Nous sommes convaincus de la nécessité d’investir dans les régions où les chantiers sont les plus vastes, et ainsi, soutenir les acteurs locaux dans une transition vers des modèles plus durables. En 2020, la Chine, l’Inde et l’Amérique Latine étaient responsables de 40% des émissions de CO2 globales(1). Il nous semble aujourd’hui primordial de considérer ces régions où la capacité d’amélioration est la plus étendue afin de participer activement à l’effort de transition.
R-co Valor 4Change Global Equity propose un cadre ISR(2) exigeant tout en investissant dans un univers global, sans restriction géographique(3). Le fonds a pour objectif d’allier performance financière avec de hauts standards de durabilité, comme en atteste ses labélisations Belge “Towards Sustainability” et Française “Label ISR”. Il propose une allocation aux actions qui se veut opportuniste, permettant l’accès à des investissements diversifiés, tant par secteurs que par pays. L’univers d’investissement se scinde en trois zones géographiques plus ou moins avancées dans la prise en compte des critères ISR : l’Europe, les autres Pays de l’OCDE et les Pays Émergents.
On trouve en Europe, précurseur en matière d’investissement responsable, les entreprises souvent les plus matures dans l’intégration des considérations extra-financières. Au sein de notre univers d’investissement, les sociétés européennes sont parmi les mieux notées par les agences indépendantes. La note ESG moyenne des entreprises du MSCI Europe est de 7,65 contre 5,43 pour celles du MSCI USA, et enfin 3,64 pour celles du MSCI Asia ex Japan(4). Au sein du fonds, les valeurs européennes contribuent à ancrer un haut niveau de durabilité. Un exemple de cette dynamique, dans le secteur du luxe, le groupe Kering a créé le premier compte de résultats environnemental permettant de mesurer avec précision les impacts environnementaux de ses activités tout au long de sa chaine d’approvisionnement(5).
Les autres Pays de l’OCDE rattrapent progressivement leur retard sur l’Europe, compensé notamment par des plans d’investissements massifs orientés vers des acteurs de la transition durable. Aux États-Unis, “l’Inflation Reduction Act” de l’administration Biden, place le pays sur la voie d’une réduction de ses émissions de gaz à effets de serre de près de 40% d’ici 2030(6). Malgré une résurgence récente du mouvement anti-ESG, le gouvernement américain oriente, à travers ce plan, 120 milliards de dollars pour le développement de l’énergie solaire et éolienne sur son
territoire. Les progrès technologiques participent également à l’effort de transition. Le montant des financements de “start-ups” américaines dédiées aux technologies climatiques s'élèvent à 42 milliards de dollars entre 2010 et 2022 (contre 22 milliards en Europe sur la même période)(7). En parallèle, certaines industries n’ont de cesse d’innover en ce sens. Ainsi, nous détenons en portefeuille la société Hexcel qui produit des matériaux composites utilisés pour la fabrication de structures d’avions. Ces produits, particulièrement légers, contribuent à réduire nettement le poids des appareils, et donc, leur consommation de carburant.
Les Pays Émergents ont les plus importantes marges d’améliorations de leurs pratiques durables, mais restent pourtant des options souvent écartées par les investisseurs en raison de leur profil de risque. Les dynamiques de transition des Pays Émergents sont accélérées par des prises de conscience des gouvernements et populations. Ainsi, lors du 20ème Congrès du Parti Communiste Chinois, Xi Jing Ping a réaffirmé les ambitions du pays d’atteindre un plafond d’émissions de CO2 en 2030, et une neutralité carbone en 2060(8) (contre 2050 pour l’Union Européenne). Le pays a récemment établi un premier rapport encadrant les normes de divulgation extra financières, basé sur un cadre en partie défini par l’entreprise d’assurance Ping An. Le cas de la Chine est clivant, particulièrement chez les investisseurs européens. La question d’investir ou non sur la zone se pose à juste titre, tant le pays polarise des questions autour des droits humains, des tensions géopolitiques, ou encore de la structure de l’actionnariat des entreprises. Nous avons néanmoins la conviction qu’exclure totalement la zone serait une erreur, de par le poids du pays dans l’économie mondiale tout d’abord, mais également parce que nous avons la certitude qu’aborder les enjeux de durabilité au cas par cas nous permet d’éviter les écueils d’une lecture globale, parfois limitante. En Amérique Latine, la prise de conscience environnementale est
d’autant plus importante, la région étant en première ligne face aux conséquences des aléas climatiques. La récente (ré)élection de Lula au Brésil, plébiscité notamment pour sa politique de conservation de la forêt Amazonienne, atteste des préoccupations environnementales croissantes. Des initiatives dans la région tentent de réconcilier le développement économique des populations locales avec une réduction des inégalités sociales. En exemple, l’entreprise technologique Mercadolibre contribue à développer l’accès aux crédits pour les populations locales, souvent non bancarisées, et n’ayant donc pas accès aux méthodes de financement traditionnelles.
Notre approche ciblée des enjeux de durabilité nous permet de bénéficier de la dynamique de toutes les zones géographiques, tout en gardant un cadre d’investissement exigeant. Notre démarche ISR propose une analyse de matérialité propre aux enjeux de chaque secteur et zone géographique ; et notre expérience de la sensibilisation auprès des entreprises nous permet de créer des partenariats vertueux sur le long terme. Très concrètement, nous ne nous limitons pas aux notes publiées par les agences indépendantes, et menons également une analyse qualitative afin d’identifier les éléments encore “sous les radars”. Nous challengeons par ailleurs régulièrement les managements des sociétés en portefeuille, afin de les pousser vers des pratiques plus durables. Portés par notre culture d’investisseur européen, nous engageons en profondeur sur un portefeuille concentré d’environ 45 valeurs. Nous nous efforçons d’assurer un dialogue dans le sens d’une transition durable, et ce, en particulier pour les secteurs et zones géographiques considérés comme les plus controversés.
Achevé de rédiger le 23 novembre 2022
(1) Our World in Data: 2020 CO2 emissions by region. Accessible: CO2 emissions - Our World in Data.
(2) ISR : Investissement socialement responsable. Démarche visant à appliquer à l’investissement les principes du développement durable. Ainsi, le choix d’un investissement ne sera pas uniquement dicté par des considérations financières de court terme mais prendra également en compte des critères extra-financiers.
(3) Notre univers d’investissement reste soumis à la liste d’exclusion géographique établie par le Groupe d’action financière (GAFI) de l’Union Européenne.
(4) Source : MSCI ESG, octobre 2022.
(5) Kering : EP&L : Un outil pour le développement durable | Kering.
(6) The White House : The Inflation Reduction Act Will Significantly Cut the Social Costs of Climate Change. Comparaison faite par rapport au niveau d’émission de 2005.
(7) Holon IQ : Global Climate Tech Venture Capital Funding.
(8) Source : Gov.cn: China maps path to carbon peak, neutrality under new development philosophy.
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