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Quand les taux rebattent les cartes

Stratégie  —  14/10/2026

Yoann Ignatiew

Associé-Gérant, Responsable de la gestion actions internationales et diversifiée

Charles-Edouard Bilbault

Gestionnaire Actions Internationales

Henri Captier

Gestionnaire Actions Internationales

Philippe Lomné

Gestionnaire Obligataire Spécialisation : Crédit IG & Crossover

Nous restons convaincus que la diversification demeure un facteur clé de création de valeur sur le long terme. C’est cette capacité à conserver une exposition diversifiée, parfois loin des indices, qui a historiquement contribué au succès de R-co Valor. Dans un environnement guidé par quelques récits dominants, nous continuons de privilégier les zones du marché où l’écart entre perception et réalité nous paraît le plus important. C’est souvent en dehors des consensus que naissent les opportunités les plus attractives

Le troisième trimestre 2026 a marqué le retour en force du risque inflationniste. La flambée des prix de l’énergie, provoquée par les nouvelles tensions dans le détroit d’Ormuz, a ravivé les craintes d’un choc de prix. Les banques centrales ont adopté un ton résolument ferme, réaffirmant leur priorité accordée à la stabilité des prix. Dans ce contexte, la Réserve fédérale a relevé pour la première fois ses taux directeurs dans une fourchette de 3,75 % à 4 %1, tandis que la Banque centrale européenne poursuivait son resserrement et que la Banque du Japon continuait sa normalisation monétaire.

Cette nouvelle donne s’est, pour le moment, principalement reflétée sur les marchés obligataires. Le rendement du Treasury américain à 10 ans a touché les 5,3 % pour la première fois depuis 2007, tandis que le Bund allemand à 10 ans s’est rapproché de 3,6 %, retrouvant lui aussi des niveaux inédits depuis la grande crise financière mondiale. Les marchés actions ont fait preuve d’une remarquable résilience face à ce mouvement de taux. Après une correction en juillet, alimentée par le recul des valeurs technologiques et le rebond des prix de l’énergie, les actions mondiales ont par la suite retrouvé le chemin de la hausse. L’indice MSCI ACWI progresse ainsi de 1,3 % sur le trimestre2. Les États-Unis sont restés le principal moteur de la performance mondiale (+2 % pour le S&P 500)2, soutenus par la solidité des résultats d’entreprises et la résistance de l’économie. L’Europe, davantage exposée à la remontée des coûts énergétiques et à la mise en place plus précoce d’une politique monétaire restrictive, a sous-performé, tandis que les marchés émergents ont souffert d’un ralentissement chinois plus marqué qu’anticipé et de la vigueur persistante du dollar. Le trimestre a également illustré l’évolution du leadership au sein du secteur technologique. Après leur envolée du premier semestre, les valeurs liées aux infrastructures d’intelligence artificielle et aux semi-conducteurs ont connu une phase de consolidation. Les investisseurs ont privilégié un temps les plateformes Internet et les éditeurs de logiciels, jusque-là restés à l’écart du rallye boursier. Plus généralement, cet élargissement du marché a profité à plusieurs secteurs délaissés ces derniers mois, permettant une performance moins dépendante d’un nombre restreint de valeurs.

Enfin, l’or a poursuivi sa progression malgré un environnement a priori peu favorable. Malgré un mois de juillet difficile sous l’effet de la remontée des taux réels et de la vigueur du dollar, le métal précieux a rebondi fortement en août (+10 %) avant de consolider en fin de trimestre2. Il termine la période en hausse de 3,7 %, soutenu par les achats des banques centrales, le retour des flux vers les ETF aurifères et la recherche de protection face à un environnement toujours marqué par les tensions géopolitiques, l’endettement croissant des États et les interrogations sur la trajectoire de l’inflation.

R-co Valor : La discipline face au consensus

 R‑co Valor a progressé de 1,8 % sur le trimestre (part C)3. La période a démontré qu’au-delà des fluctuations de court terme, un marché moins concentré demeure un environnement plus favorable à notre gestion. La correction du segment des semi-conducteurs, auquel nous ne sommes pour rappel pas exposés, a favorisé une rotation vers des segments de marché restés en retrait ces derniers mois. Ce mouvement a été particulièrement visible en juillet et en août. Les valeurs minières et de la santé ont figuré parmi les principaux bénéficiaires de cette rotation, les investisseurs redécouvrant notamment l'intérêt de leurs profils plus défensifs. Dans le même temps, les valeurs technologiques chinoises se sont distinguées, alors même que l'environnement demeurait plus exigeant pour les grands acteurs technologiques américains. Après l’élargissement du marché observé cet été, septembre a marqué le retour des grands gagnants du début d’année, effaçant une partie des gains réalisés par les segments jusqu’alors délaissés. Sur l’ensemble du trimestre, cette séquence est néanmoins restée favorable au fonds, illustrant l’intérêt d’un portefeuille moins dépendant des quelques thèmes ayant dominé les marchés au cours des derniers mois.  

L’exposition actions de R-co Valor a été baissée à 74,4 % à fin septembre3. Nous conservons actuellement un positionnement relativement prudent. La résilience des marchés actions malgré la remontée des taux d’intérêt, l’approche des élections américaines de mi-mandat, des attentes toujours plus élevées en matière de résultats d’entreprises et une concentration historique des flux sur un nombre limité de valeurs nous ont conduits à réduire progressivement notre exposition au risque. Cette prudence reflète moins une dégradation de nos convictions qu'une volonté de conserver des marges de manœuvre dans un environnement où les valorisations restent exigeantes sur plusieurs segments de la cote. Les marchés actions restent soutenus par la vigueur des bénéfices, mais doivent désormais composer avec une réalité nouvelle : des rendements obligataires suffisamment attractifs pour concurrencer directement les actifs risqués. La réduction du risque opérée au cours du trimestre s’est appuyée en premier lieu sur des prises de bénéfices réalisées sur plusieurs de nos meilleurs contributeurs. Nous avons ainsi allégé nos positions dans les opérateurs ferroviaires nord-américains Canadian Pacific et Union Pacific, dont les perspectives ont été soutenues par la progression des volumes de fret. Nous avons également écrêté certaines valeurs ayant fortement rebondi ces derniers mois, notamment BioMarin et Thermo Fisher dans la santé, ainsi que Ferrari dans le luxe. Parallèlement, nous avons poursuivi la rationalisation du portefeuille en cédant intégralement plusieurs positions. En Chine, nous avons ainsi finalisé la sortie de Hello Group et Vipshop, mouvement que nous avions entamé depuis plusieurs trimestres. Nous avons également vendu Roche et Honeywell international, tandis que Meta a été intégralement cédée en fin de période. Ces mouvements traduisent notre discipline de gestion : prendre des bénéfices lorsque le potentiel nous paraît davantage reflété dans les cours et redéployer le capital vers des opportunités offrant, selon nous, un potentiel de création de valeur plus attractif. Dans cette optique, nous avons mis à profit le repli de marché observé en juillet pour renforcer plusieurs convictions de long terme. Nous avons ainsi accru notre exposition aux valeurs aurifères en juillet, à travers Agnico Eagle et NovaGold, la correction du secteur nous semblait offrir des points d’entrée attractifs. Nous avons également renforcé notre exposition aux marchés émergents à travers plusieurs établissements financiers de premier plan : Itaú Unibanco en Amérique latine, Ping An en Chine et HDFC Bank en Inde. Le secteur financier nous paraît particulièrement bien positionné pour bénéficier de l’essor des classes moyennes dans ces régions, en captant à la fois la progression de l’épargne, du crédit et de la consommation domestique. Par ailleurs, nous avons initié une position en Honeywell Aerospace. Le groupe bénéficie d’une forte exposition aux activités de maintenance et de services, généralement plus résilientes aux cycles économiques, tout en affichant une valorisation qui demeure inférieure à celle de ses principaux comparables. Enfin, nous avons profité de la faiblesse récente de certains titres pour renforcer nos positions dans Uber, CATL et AstraZeneca, dont les perspectives de création de valeur à long terme nous semblent insuffisamment reflétées dans les cours actuels.

Nous restons investis dans plusieurs thèmes de conviction qui continuent, selon nous, d’offrir un potentiel attractif, malgré un positionnement parfois à contre-courant du consensus. Nous conservons une forte conviction sur plusieurs valeurs technologiques chinoises, nous pensons que le marché sous-estime la capacité de plusieurs leaders technologiques chinois à monétiser leur position dans l'écosystème de l'intelligence artificielle. Nous conservons également une forte exposition aux valeurs minières. Sur l’or, notre thèse d’investissement demeure inchangée, portée par la demande soutenue des banques centrales et par des contraintes d’offre structurelles liées au vieillissement des actifs miniers et à l’appauvrissement des gisements. Nous restons également constructifs sur le cuivre, métal indispensable à l’électrification de l’économie et au déploiement des infrastructures nécessaires à l’essor de l’intelligence artificielle et des centres de données. Enfin, nous avons significativement renforcé notre exposition au secteur de la santé au cours des derniers mois. Après plusieurs années de désaffection par les investisseurs, le secteur combine aujourd’hui trois caractéristiques rarement réunies : des valorisations raisonnables, une visibilité élevée sur les résultats et une faible sensibilité au cycle économique. Dans un marché dominé par quelques thématiques de croissance très consensuelles, cette asymétrie nous paraît particulièrement intéressante.  

Dans un environnement dominé par quelques thèmes très consensuels, nous avons maintenu une approche volontairement sélective et diversifiée. Nous restons convaincus que la diversification demeure un facteur clé de création de valeur sur le long terme. C’est cette capacité à conserver une exposition diversifiée, parfois loin des indices, qui a historiquement contribué au succès de R-co Valor, et nous entendons maintenir cette approche avec la même rigueur dans un environnement de marché toujours plus concentré et volatil. Dans un environnement guidé par quelques récits dominants, nous continuons de privilégier les zones du marché où l’écart entre perception et réalité nous paraît le plus important. C’est souvent en dehors des consensus que naissent les opportunités les plus attractives. Avec actuellement un peu plus de 25 % de l’actif investi en instruments monétaires, nous adoptons une approche disciplinée dans la gestion de cette allocation. Celle-ci constitue également un véritable réservoir d’opportunités, destiné à être mobilisé lorsque les marchés offriront des conditions d’investissement plus attractives3.

Les allocations et répartitions, géographiques et sectorielles, ne sont pas figées et sont susceptibles d’évoluer dans le temps, dans les limites du prospectus du fonds.

R-co Valor Balanced : renouer avec le rendement sans renoncer à la diversification

 À fin septembre, R‑co Valor Balanced affichait une exposition de 37,5 % aux actions et de 49 % aux obligations3, le solde étant investi en instruments monétaires et assimilés. Sur le trimestre, le fonds recule de 0,5 % (part C)3, principalement pénalisé par la hausse des taux d’intérêt et son impact sur la poche obligataire.

Poche action 

La poche actions de R-co Valor Balanced réplique celle de R-co Valor ; le positionnement et les mouvements effectués au cours du trimestre sont donc identiques.

Poche obligataire 

Le rendement du Treasury américain à 10 ans a franchi le seuil symbolique des 5 % pour la première fois depuis 2007. Dans son sillage, le taux à 30 ans a dépassé 5,6 %, retrouvant des niveaux inédits depuis le début des années 2000. Les inquiétudes croissantes autour de la trajectoire budgétaire américaine, marquée par une dette publique proche de 40 000 milliards de dollars et des déficits persistants, ont pesé sur la partie longue de la courbe des taux2. En Europe, le rendement du Bund allemand à 10 ans a progressé à 3,58 %, atteignant brièvement 3,64 % en fin de mois2. Cette hausse s’explique principalement par le choc énergétique mondial qui a conduit les investisseurs à anticiper un resserrement supplémentaire de la Banque centrale européenne, les marchés intégrant près de 75 points de base de hausses de taux additionnelles d’ici fin 2027. La France a été le marché le plus pénalisé. Le rendement de l’OAT à 10 ans a bondi à 4,85 %, son niveau le plus élevé depuis 2008. L’écart de rendement entre l’OAT française et le Bund allemand à 10 ans s’est fortement creusé, passant à 127 points de base, un plus haut depuis 20122. La sous-performance reflète la conjonction d’un contexte budgétaire plus préoccupant et d’un affaiblissement de la dynamique économique intérieure.

Sur le crédit euro, l’indice Investment Grade4 a reculé de 2,6 % sur le trimestre. L’indice ICE BofA EUR High Yield5 a surperformé son homologue Investment Grade, avec un recul de 1,8 % sur la période2. Les segments les plus spéculatifs ont néanmoins été pénalisés en fin de trimestre, dans un contexte de durcissement marqué des conditions de financement. Les spreads se sont ainsi écartés afin d’intégrer un environnement macroéconomique devenu plus incertain.

Au sein du fonds, les renforcements ont principalement été réalisés sur le marché primaire et ont surtout concerné des obligations de qualité Investment Grade. Longtemps pénalisées par des rendements insuffisants, les obligations retrouvent selon nous aujourd'hui leur capacité à offrir une alternative crédible aux actions. Si la hausse des taux a pesé à court terme sur les marchés obligataires, elle améliore simultanément les perspectives de rendement offertes aux investisseurs. Avec des rendements proches de 4,5 % sur la poche obligataire du fonds et une exposition concentrée sur des émetteurs Investment Grade, nous pensons que cette classe d’actifs est aujourd’hui bien positionnée pour contribuer de manière significative à la performance future du portefeuille2. La sensibilité du fonds a été portée à 4,7, principalement via des positions en futures sur le Schatz (2 ans allemand), l’un des segments de la courbe ayant le plus bougé sur la période. Cette approche a permis un ajustement rapide de la sensibilité sans mobiliser la poche de liquidités et sans accroître le risque de crédit.

Les allocations et répartitions, géographiques et sectorielles, ne sont pas figées et sont susceptibles d’évoluer dans le temps, dans les limites du prospectus du fonds.

(1) Source : Fed, Octobre 2026
(2) Source : Bloomberg, 30/09/2026
(3) Source : Rothschild & Co Asset Management, 30/09/26
(4) Titre de créance émis par des entreprises ou États dont la notation est comprise entre AAA et BBB- selon l’échelle de Standard & Poor’s.
(5) Les obligations “High Yield” (ou à haut rendement) sont émises par des entreprises ou États présentant un risque crédit élevé. Leur notation financière est inférieure à BBB- selon l’échelle de Standard & Poor’s.