Charles-Edouard Bilbault
Gestionnaire Actions Internationales
Les environnements macroéconomique et bancaire ont connu de fortes turbulences en mars. Le programme de renflouement de la FDIC a été salué par le marché, qui anticipe désormais un retournement de politique monétaire plus tôt qu'initialement prévu. Les contrats à terme sur les Fed Funds impliquent désormais des baisses de taux dès le mois de juin. De nouveaux signes de resserrement du crédit ou de baisse de l'inflation pourraient en effet encourager une logique plus accommodante. Cela devrait, in fine, soutenir les actions, le facteur croissance et les petites et moyennes capitalisations boursières.
Au regard de la crise bancaire, la blockchain peut être considérée comme une brique d'infrastructure critique pour le secteur financier. Sa transparence et sa programmabilité contribuent à réduire mécaniquement le risque de contrepartie et à accroître la visibilité du marché sur la solvabilité des parties prenantes, à un coût très faible. Les blockchains et les smart contracts pourraient, s'ils étaient appliqués à la finance traditionnelle, contribuer à une gestion des risques encore plus sûre. Cela explique aussi en partie pourquoi de grandes institutions financières comme le Nasdaq, Fidelity, BlackRock, Goldman Sachs, Société Générale, BNY Mellon, la bourse de Hong Kong, etc... utilisent les blockchains pour mettre à jour leurs systèmes et sont de fervents partisans de la tokenisation d’actifs. En un sens, la crise bancaire actuelle fait écho à la genèse de l'histoire de la blockchain, construite au milieu de la crise financière de 2007-2009. Le contexte macroéconomique a poussé une partie des investisseurs à chercher des valeurs refuge en dehors du système financier conventionnel. Cela explique en partie pourquoi les actifs numériques se sont si bien comportés pendant cette période de turbulences et ont augmenté leur corrélation avec l'or. Cela s'est traduit à la fin du mois de mars par des souscriptions d'investisseurs institutionnels sur le secteur, tout particulièrement d’Allemagne et des Etats-Unis, malgré le flux massif de mauvaises nouvelles qui a pu peser sur le secteur ces derniers trimestres.
Au niveau de l’actualité réglementaire, le fort contraste entre la position actuelle des États-Unis et celle du reste du monde commence à se traduire par des annonces d’entreprises américaines envisageant d'accélérer leur diversification géographique vers d'autres juridictions. En Europe, le règlement sur les marchés des crypto-actifs (MiCA) sera soumis ce mois-ci au Parlement européen. Une fois promulguée, MiCA sera la pierre angulaire du développement de l'industrie en Europe. La Commission des valeurs mobilières et des finances (SFC) de Hong Kong a annoncé qu'elle élargissait l'accès aux actifs numériques aux investisseurs particuliers à partir de juin prochain. Cette mesure favorisera la croissance de ce secteur et attirera les investissements étrangers vers Hong Kong. Cela étant dit, les initiatives relatives aux actifs numériques continuent leur développement aux États-Unis, avec, par exemple, Fidelity et le lancement de Fidelity Crypto le 17 mars. Cette application permet aux clients de l'institution financière d'échanger des actifs numériques sur la même interface que celle qui leur permet d’investir en actions. La clarification de la réglementation favorisera par ailleurs une accélération de l’adoption et ouvrira le secteur à un plus grand nombre d'utilisateurs. Pendant cette période de transition, l'incertitude réglementaire qui pèse actuellement sur le secteur du numérique aux États-Unis devrait continuer à générer des opportunités d'achat intéressantes pour les acteurs riches en liquidités désireux de nourrir leur croissance externe. Par ailleurs, les stratégies de croissance organique devraient également être soutenues par l'afflux massif de travailleurs hautement qualifiés du secteur de la technologie, qui a récemment vu son offre de main-d'œuvre fortement augmenter.
Dans ce contexte, le portefeuille a continué d’augmenter de manière sélective son exposition aux actions chinoises en mars. Nous avons saisi l'opportunité d'un repli temporaire du marché, car nous anticipons une reprise constructive des bénéfices au cours des prochains trimestres. Nous avons également clôturé notre position sur A.P. Møller – Mærsk. Le leader du transport maritime et de la logistique a annoncé la fermeture de son entreprise Tradelens, suite à la nomination d'un nouveau dirigeant et au remaniement des projets qui en a découlé. L'exposition au thème de la logistique a été maintenue grâce à l'achat de la société JD Logistics, cotée à Hong Kong. Cette dernière utilise la technologie blockchain pour offrir des services logistiques à forte valeur ajoutée aux acteurs chinois du commerce électronique et devrait bénéficier de la reprise économique chinoise. Dans le secteur des fintechs, nous avons arbitré à la marge Coinbase en faveur de Galaxy Digital en raison de divergences de valorisation. Les ventes réalisées sur Coinbase sont des prises de profit réalisé suite aux achats opportunistes que nous avions effectués lors de fortes baisses de marché au cours du premier trimestre. L’exposition actions à la fin du mois de mars s'élevait à 95,8 %.
Sur le front de l'adoption, le mois de mars a notamment été marqué par la 4e édition de la Paris Blockchain Week, qui s'est tenue cette année les 22 et 23 mars au Carrousel du Louvre. Cet événement international a accueilli plus de 10 000 visiteurs et des leaders renommés de la blockchain et des secteurs "traditionnels" comme le Nasdaq, LVMH, Kering, Coca-Cola, Pernod Ricard, eBay, Amazon ou encore Google. Circle, filiale de Coinbase, a annoncé son intention d'installer son siège européen à Paris, louant la clarté du cadre réglementaire français et la future réglementation européenne MiCA.
Les annonces d'innovations fondées sur la blockchain par des entreprises établies ont continué à toucher divers secteurs de l'économie et de cas d’usage. Parmi tant d'autres :