Anthony Bailly
Responsable de la Gestion Actions Européennes

Dans un contexte de durcissement des conditions financières et de regain des tensions au Moyen-Orient, les marchés actions mondiaux ont évolué en ordre dispersé en septembre. L’escalade géopolitique et les perturbations des flux pétroliers ont porté les cours du brut à leur plus haut niveau depuis mai, ravivant les pressions inflationnistes. Les rendements souverains ont fortement progressé : le taux américain à dix ans a gagné 53 points de base, à 5,23 %8, tandis que son équivalent allemand a augmenté de 35 points de base, à 3,58 %8. Malgré ce choc, l’activité est restée robuste, comme en témoigne l’amélioration des PMI composites en zone euro, aux États-Unis et en Chine, confortant les banques centrales dans leur orientation restrictive. Le MSCI World a progressé de +1,1 % en euros, soutenu par le S&P 500 (+2,1 %) et surtout par le Nasdaq 100 (+5,8 %), qui a bénéficié du rebond des semi-conducteurs et du regain d’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle8. À l’inverse, l’Euro Stoxx a reculé de -2,1 %, pénalisé par l’automobile (-4,6 %), les biens de consommation (-4,7 %) et l’immobilier (-7,1 %), particulièrement sensibles à la remontée de l’inflation et des taux. La nette progression du secteur technologique (+5,1 %) n’a pas suffi à compenser ces baisses8.
En zone euro, le style Croissance9 a mieux résisté en septembre, reculant de -0,8 %, contre -3,0 % pour le style Value10. Cet écart s’explique principalement par la nette surperformance du secteur technologique, soutenu par les valeurs des semi-conducteurs, à l’image d’ASML (+10,0 %)8. Les nouvelles révisions à la hausse des perspectives bénéficiaires du secteur ont contribué à maintenir la prime de valorisation de la Croissance à un niveau élevé, à 63 %, contre 65 % le mois précédent. Cette prime nous paraît toutefois difficile à justifier pleinement dans le régime de taux qui prévaut depuis 2022. L’ampleur des besoins d’investissement et la persistance de déficits publics élevés devraient maintenir les taux à des niveaux durablement supérieurs à ceux de la décennie précédente. Cet environnement devrait favoriser la poursuite du rééquilibrage des valorisations entre les styles Croissance et Value, amorcé fin 2022, et constituer un soutien au style Value.
Le fonds R-co Conviction Equity Value Euro reculait de -4.6% sur le mois 11. La moitié de la sous-performance par rapport à son indice de référence s'expliquait par notre sous-exposition au secteur de la technologie et notre absence de la sphère des semi-conducteurs. Nos surexpositions aux secteurs de la Construction et de la Télécommunication expliquaient le reste de cette sous-performance. S'agissant de la construction, la hausse des taux d'intérêt et les inquiétudes macroéconomiques pesaient sur la cyclicité du secteur. Les télécommunications ont, quant à elles, souffert des craintes liées à l’essor des agents d’intelligence artificielle. En facilitant la comparaison des offres et les démarches de changement d’opérateur, ces outils pourraient en effet réduire les frictions qui favorisent traditionnellement l’inertie des clients.
Sur le plan des mouvements de portefeuille, nous avons réduit notre sous-exposition à l'énergie en reconstituant une position en TotalEnergies. La perspective d'une résolution rapide du conflit nous paraissant moins probable à l'approche des élections américaines de mi-mandat, la visibilité sur le secteur s'est dégradée et nous avons préféré adopter une position plus neutre, malgré notre vision structurellement baissière sur les prix de l'énergie. Nous avons par ailleurs initié trois nouvelles positions : Deutsche Bank, afin de profiter d'une valorisation attractive et du redressement de l'économie allemande ; Leonardo, pour son exposition aux équipements et solutions électroniques de défense ; et Bayer, dont la thèse repose sur la réduction du risque juridique, la qualité de ses pipelines et la poursuite du désendettement. Ces investissements ont été financés par la cession de Stellantis, dans un contexte d'industrie automobile européenne en restructuration nécessaire étant donné la faible dynamique des marchés et del’accroissement de la concurrence chinoise, ainsi que de celle de Pernod Ricard, pénalisé par la dégradation des tendances de consommation en Occident comme en Chine. Enfin, nous avons réduit notre exposition à Société Générale (malgré un Capital Markets Day très convaincant) afin de poursuivre la diminution de notre exposition aux valeurs françaises. Nous affichons désormais une sous-exposition d'environ 2 % aux actions françaises, et notre exposition aux valeurs "domestiques" françaises se réduit désormais à Orange (1.3 % du portefeuille) et Société Générale (2,7 % du portefeuille).
Bien qu'elle demeure confrontée à d'importants défis politiques et géopolitiques, l'économie européenne montre des signes de redynamisation de plus en plus tangibles, comme l'illustrent l'amélioration des indices PMI, en particulier dans l'industrie manufacturière. La bonne orientation des résultats des entreprises renforce également notre conviction qu'un nouveau cycle industriel européen est en train de se mettre en place. Dans ce contexte, le portefeuille reste positionné pour bénéficier de cette reprise progressive, soutenue par la montée en puissance des plans d'investissement engagés dans la région.