Anthony Bailly
Responsable de la Gestion Actions Européennes

Après une pause en avril, les marchés actions ont repris leur marche en avant en mai. C'est en partie l'environnement microéconomique, avec une saison de publications supérieure aux attentes de part et d'autre de l'Atlantique, qui a alimenté ce mois-ci la hausse des indices. Le MSCI World et le S&P 500 progressaient respectivement de +2,9 % et 3,3 % pour atteindre de nouveaux records, alors que l'EuroStoxx gagnait lui +2,7 % sur le mois1), sans réel biais cycliques/défensives. Les matières premières (+5,3 %) et la construction (+5,1 %) terminaient en tête des performances sectorielles, alors que l'automobile (-2,8 %) et les loisirs voyages (-5,5 %) décevaient1.
Porté par la thématique du "higher for longer2" mais également par des fondamentaux solides, le style Value3 affichait son troisième mois de surperformance consécutif face au style Croissance4. Néanmoins, avec un écart de 72 points de base (pdb), cette tendance s'est atténuée dans son ampleur sur ce dernier mois1. La différence de performances entre les deux styles depuis le début de l'année est désormais de +1,5 % à l'avantage de la croissance1. Si cet écart s'est réduit en termes de performances, il n'a pas évolué au niveau des valorisations, les multiples de PE5 restant identiques par rapport au mois précédent (21,6x pour la Croissance et 9,5x pour la Value1). La poursuite de l'amélioration des fondamentaux sur le style Value ne s'est donc pas traduit par une re-rating du style. La prime de la croissance reste donc sur un niveau historique élevé à 127 %1, le marché semblant toujours faire fi d'un environnement d'inflation et de taux pourtant très éloigné de ce qu'il était il y a encore quelques mois lorsque les taux réels étaient en territoire négatif.
En avril, R-co Conviction Equity Value Euro gagnait 3,0 % et surperformait son indice de référence de 27 pdb6. Cette surperformance s'expliquait aux deux tiers par l'effet d'allocation, notamment via notre surexposition aux banques (+3,6 % de performance sur le mois) et notre sous-exposition aux biens de consommation (-1,7 % de performance sur le mois)7. L'effet sélection de titres était plus marginal tout en restant positif ; nous noterons cependant les contributions positives de titres qui ont fortement rebondi sur le mois (Alstom +28,2 %, Société Générale +11,5 %,), et la contribution négative de Ryanair (-13,1 %) suite à des commentaires prudents de son CEO sur l'évolution du prix des billets au cours de la période estivale7.
En termes de mouvements, nous avons renforcé notre conviction dans le secteur de l'alimentation boissons via Kerry Group. Le groupe a souffert de la baisse des volumes dans ses marchés sous-jacents (alimentaires principalement), ce qui explique une forte sous-performance par rapport à ses pairs dans le domaine des ingrédients. La normalisation de la consommation et la reprise des volumes devraient permettre au groupe de renouer avec une trajectoire positive en termes d'EBITDA et d'atteindre ses objectifs à moyen terme, ce dont le marché semble douter8. Nous avons également renforcé nos positions, soit dans des valeurs cycliques ayant souffert récemment et susceptibles de surperformer si l'environnement macroéconomique confirmait son embellie (AkzoNobel,), soit dans des valeurs cycliques de qualité ayant souffert de publications ponctuellement décevantes, mais ne remettant pas en cause les fondamentaux de la société (Stellantis, Ryanair)8.
Le scénario de rééquilibrage entre les styles continue donc de s'opérer au fur et à mesure que l'économie européenne retrouve son souffle. Le momentum positif vu sur les soft data depuis quelques mois se transmet aux données microéconomiques, comme en a témoigné une saison de résultats du premier trimestre plus qu'encourageante. Les attentes de résultats commencent donc à être révisées à la hausse, mais restent malgré tout très modestes dans certains secteurs Value (Banques, Energie, Matières Premières, Utilities). Étant donné les faibles ratios de valorisation sur ces secteurs, la poursuite de la baisse de l'inflation et l'amélioration de l'environnement macroéconomiques qui semble se dessiner, voire se confirmer, c'est ce pan du marché qui garde selon nous la plus forte attractivité. À noter que le retour des flux sur les actions européennes, encore timide pour l'instant, pourrait être un élément supplémentaire permettant d'alimenter la progression des marchés actions au cours des mois à venir.