Anthony Bailly
Responsable de la Gestion Actions Européennes

Les marchés actions ont ralenti leur rythme de progression au cours d’un mois de juillet marqué par des données macroéconomiques plutôt mitigées, le dénouement d’échéances électorales en France et en Grande-Bretagne, et divers revirements autour des futures élections américaines (tentative d’assassinat de Donald Trump, abandon de candidature de Joe Biden au profit de Kamala Harris). Au final, le MSCI World et le S&P 500 progressaient respectivement de +0,9 % et +0,4 %1. À noter que le marché américain était animé par une rotation en faveur des petites et moyennes capitalisations avec un indice Russell 2000 en progression de 9,2 %1. À l’image des indices américains, l'EuroStoxx connaissait également une hausse mesurée de 0,6 % sur le mois1, dans un climat fébrile d’un point de vue macroéconomique, microéconomique (saison de publication du premier semestre en demi-teinte) et politique. La santé (+6,9 %), la construction (+6,4 %) et les banques (+5,8 %) surperformaient le marché alors que la technologie (-6,4 %), les biens de consommation (-5,7 %) et les matières premières (-7,9 %) finissaient en queue de peloton1.
Le style Value2 bénéficiait d'une rotation sectorielle et affichait une performance de +3,1 %1 contre une baisse de -2,5 %1 pour le style Croissance3. L’écart de performance entre les deux styles s’est donc considérablement réduit sur le mois, passant de +6,7 % à fin juin à +0,6 % à fin juillet1. La surperformance du style Value sur le mois s’explique autant par la sous-performance marquée des secteurs croissance (biens de consommation et technologie), que par la bonne tenue des secteurs Value (banques +5,8 %, télécommunications +4,1 %, services publics +5,3 %)1. Ces mouvements ont eu pour conséquence de commencer à réduire les écarts de valorisation entre les styles : la prime relative de valorisation du style Croissance par rapport à la Value est de 127 % à fin juillet (contre de 138 % à fin juin)4. Cette prime reste cependant à un niveau historiquement élevé. À fin juillet, le style Croissance se valorise sur un PE 22,0x, contre 9,7x pour le style Value4.
En juillet, R-co Conviction Equity Value Euro affichait une progression de 2,9 %, et surperformait son indice de référence de 2,3 %5. Cette surperformance s’expliquait, en premier lieu, par la sous-exposition du fonds aux secteurs Croissance mentionnés précédemment et, d’autre part, par un effet de sélection bénéfique, notamment grâce à Sanofi, notre première position dans le portefeuille. Le titre progressait de +6,0 % sur le mois1 après une bonne publication : la société pharmaceutique bénéficiait de divisions en croissance, de perspectives réhaussées et d’une amélioration de son pipeline. La non-détention d’ASML, qui chutait de -11,7 %1 en raison de menaces américaines de restrictions commerciales, participait également positivement à l'effet de sélection. À noter cependant, les contributions négatives de valeurs cycliques ayant publié des chiffres jugés décevant par les investisseurs (Ryanair et STMicroelectronics).
Au sein du portefeuille, profitant de la surperformance de Sanofi, nous avons écrêté notre position sur le titre afin de renforcer de façon marginale des positions qui nous semblaient exagérément pénalisées par le marché, à savoir Ryanair, STMicroelectronics et Stellantis. Les publications de ces dernières ont, certes, été décevantes mais leurs baisses de cours respectives de -17,1 %, -13,7 % et 8,7 %1 nous ont parues excessives au regard des fondamentaux. Ces sociétés restent leaders sur certain de leurs marchés et leur potentiel de croissance n’est pas remis en cause à long terme.
Les récents doutes ont mis en exergue le fait que certaines sociétés phare du style Croissance semblaient ou semblent intégrer dans leur valorisation un scenario de « no landing6». Ces dernières sont donc très sensibles aux déceptions macroéconomiques, alors que les attentes étaient de plus en plus élevées. Même si le marché s’en inquiète, le scénario d’une croissance faible mais positive en Europe reste d’actualité, avec une inflation qui poursuit sa décrue et des banques centrales prêtes à entamer leur cycle de baisse de taux. Les éléments nécessaires à une dynamique positive pour les actions restent donc en place. Contrairement au style Croissance, le style Value intègre depuis plusieurs mois un affaiblissement de l’économie. Le scénario de rééquilibrage entre les styles devrait se poursuivre dans le cadre d’une normalisation et d’un ralentissement de l’activité, faisant tout simplement écho au cycle de resserrement monétaire de ces derniers mois.
Achevé de rédiger le 5 août 2024.