Anthony Bailly
Responsable de la Gestion Actions Européennes

Alors que le mois de septembre est historiquement le moins performant pour les marchés boursiers, le millésime 2025 a été marqué par une progression soutenue des marchés actions. Ces derniers ont été portés par la baisse des taux d’intérêt directeurs aux États-Unis ainsi que par l’engouement prolongé autour de la sphère intelligence artificielle, illustré ce mois-ci par l’investissement massif de Nvidia dans Intel. Au final, les valeurs américaines du S&P 500 ont surperformé le MSCI world avec des progressions respectives +3,2 % contre +2.8% en euros1. L'indice Eurostoxx évoluait lui en ligne avec l'indice mondial. Ce contexte pro-cyclique et longue duration a particulièrement soutenu la technologie (+11,2 %), le retail (+10,4 %) et les biens industriels (+5,1 %)1. À l’inverse, les secteurs défensifs ont également été sous pression à l’image de l’alimentation-boisson (-4,0 %)1 et des télécoms (-3,2 %)1.
En termes de style de gestion, le style Croissance2 a largement bénéficié de la surperformance de la technologie, avec une progression de +5.2 % contre +0.6 %1 pour la Value3. Cela réduit la surperformance de la Value sur la Croissance à +14,7 points depuis le début de l’année. La prime de valorisation de la Croissance par rapport à la Value s'élève désormais à 84 %1. Elle reste largement supérieure aux niveaux pré-Covid (~65 %)1 et la normalisation de cette prime qui s'effectue déjà depuis plus d'un an devrait se poursuivre étant donné i/ le changement de paradigme sur les taux depuis la crise du Covid ii/ la redynamisation de l'économie européenne qui doit s'effectuer à travers le plan d’infrastructure allemand et la volonté de souveraineté européenne.
L'ADN Value du fonds R-co Conviction Equity Value Euro a naturellement pénalisé la performance puisqu'il ne progressait que de +0.1 % sur le mois1. Cette sous-performance s'expliquait donc par un effet d'allocation négatif, principalement lié à notre sous-exposition au secteur de la technologie. Comme mentionné, l’engouement autour des investissements en IA a largement aidé la sphère des semi-conducteurs, à l'image d'un ASML qui gagnait plus de 30,0 % sur le mois1. L'effet de sélection de titres était également négatif, notamment en raison du recul de -3.2 % de Sanofi1. Le titre souffrait d'une part de résultats décevant dans son traitement de nouvelle génération contre l'eczéma, et d'autre part de nouvelles menaces de tarifs (pesant sur l'ensemble du secteur) de la part de l'administration Trump.
Au cours du mois, nous avons introduit trois nouvelles valeurs au sein du portefeuille. Nous avons tout d'abord initié une position sur Wolters Kluver. Ce titre qualitatif et opérant plutôt sur des marchés oligopolistiques a largement souffert des menaces que représente l'intelligence artificielle sur ses parts de marchés, et plus généralement son business model. Cette menace a entraîné un fort de-rating du titre, démesuré selon nous au regard des fondamentaux solides de la société et de sa capacité à fournir une information académique de grande qualité à ses clients. Nous avons procédé à un arbitrage en initiant une position sur EDPR au détriment de sa maison mère EDP. La surperformance d’EDP par rapport à EDPR depuis le début de l’année (+30 % contre +1 %)1 nous semble principalement liée à des facteurs ponctuels propres à EDP, notamment dans son activité hydraulique en Espagne. EDPR a été pénalisée par son exposition américaine et les menaces de Trump à l'égard des énergies renouvelables. Ces menaces nous paraissant exagérées étant donné les besoins énergétiques à venir de la première économie mondiale et une meilleure visibilité réglementaire. Il nous a donc semblé opportun de jouer pleinement cette opportunité à travers EDPR plutôt qu'à travers sa maison mère. Enfin, nous avons constitué une position dans la banque autrichienne Raiffeisen. Sa valorisation reste l'une des plus attractives du secteur et nous étions intéressés par son exposition à des zones d'Europe centrale et périphériques de l'Allemagne en raison la diffusion de la relance à venir sur les prochaines années.
Nous restons convaincus que la Zone euro est engagée dans une phase de redynamisation de son économie. Le plan d'infrastructure allemand et le réarmement de l'Europe sont autant d'investissements qui devrait engendrer un cercle vertueux pour l'ensemble de la zone. Ce regain d’activité rend la région particulièrement attrayante, notamment en raison d'un niveau de valorisation bien plus raisonnable que celui observé aux États-Unis. Dans ce contexte, nous continuons à croire en la capacité du style Value à surperformer. Notre portefeuille reste positionné pour tirer parti de cette dynamique porteuse.