Marc-Antoine Collard
Chef économiste – Directeur de la recherche macroéconomique

Les performances économiques sont déterminées par plusieurs facteurs, mais comme nous l'avons abordé dans une précédente édition d'ESGnomics, il existe une relation étroite entre la croissance et la bonne gouvernance. Par exemple, en réduisant l'incertitude et en créant un environnement d'investissement attractif, une bonne gouvernance peut stimuler l'investissement.
De plus, une bonne gouvernance est considérée comme essentielle dans le développement durable d’une économie. En effet, les études empiriques ont montré qu’une bonne gouvernance a des effets positifs et significatifs sur les mesures de la confiance sociale, de la satisfaction à l'égard de la vie, de la paix ainsi que de la légitimité politique. Les pays où les principes et les structures de gouvernance sont en place sont moins sujets à la corruption. À leur tour, ces institutions gouvernementales exemptes de corruption ont un impact positif sur un grand nombre de résultats liés au bien-être humain(1).
À l'inverse, le taux de mortalité juvénile dans les pays à forte corruption est environ un tiers plus élevé que dans les pays à faible corruption. Concernant le taux de mortalité infantile, celui-ci est presque deux fois supérieur, et le taux d'abandon dans l'enseignement primaire cinq fois plus élevé(2). Ceci s’explique par une baisse des dépenses en matière de soins de santé et d'éducation en lien avec la corruption, au profit des dépenses militaires.
En effet, la théorie économique suggère que des pots-de-vin importants sont plus susceptibles d'être versés aux entreprises opérant sur des marchés à faible concurrence où existe un comportement de recherche de rentes. En outre, la nature illégale de la corruption implique que les biens spécialisés et de haute technologie dont la valeur exacte est difficile à contrôler seront particulièrement recherchés. À cet égard, le commerce international des avions militaires – qui sont des biens de haute technologie produits par un nombre limité d'entreprises oligopolistiques – est généralement considéré comme particulièrement sensible à la corruption(3).
En revanche, l'éducation de base ne nécessite qu'une technologie limitée qui peut être fournie par un nombre relativement important de fournisseurs. On peut donc s'attendre à ce qu'il soit plus facile de collecter des pots-de-vin substantiels pour de grands projets d'infrastructures ou des équipements de défense hautement sophistiqués que pour des manuels scolaires ou des salaires d'enseignants(4).
Il existe donc une relation négative et significative entre la corruption et les dépenses publiques en matière d'éducation, car ces dernières n'offrent pas autant d'opportunités lucratives aux fonctionnaires que d'autres composantes des dépenses publiques.
Or, non seulement le niveau d'éducation est un déterminant important de la croissance économique, mais les écoles jouent un rôle central dans la sensibilisation à l'environnement et les attitudes pro-environnementales, étant une source essentielle de connaissances sur l’environnement.
Par exemple, une étude récente a montré que le niveau de connaissances économiques, financières et scientifiques de la population aux États-Unis est, au mieux, modeste(5). En outre, la connaissance scientifique y est fortement influencée par des variables non liées au savoir, telles que la religion et l'idéologie politique. Ainsi, accroître la sensibilisation et le niveau de compréhension de questions telles que le réchauffement climatique sont des défis de taille, et l’éducation, plus particulièrement la réussite des cours de sciences, est primordiale.
En 2018, près de 80 % des élèves des pays de l'OCDE s’accordaient à dire qu'il est important de prendre soin de l'environnement mondial(6).
Toutefois, les résultats du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) ont mis en évidence un lien étroit entre les performances en sciences, d'une part, et le bien-être collectif et le développement durable, d'autre part. En outre, la sensibilisation à l'environnement et les attitudes pro-environnementales sont également corrélées avec les sciences, où les élèves ayant obtenu des scores élevés peuvent reconnaître l'explication correcte de phénomènes scientifiques familiers(7).
Les étudiants dont le niveau de compétence scientifique est faible font preuve d'un plus grand optimisme à l'égard des questions environnementales, ce qui peut être problématique si l'optimisme conduit à la complaisance, et la complaisance à l'inaction. Par ailleurs, les élèves qui acquièrent une compréhension approfondie des sciences sont plus conscients des problèmes environnementaux et ont un sens plus aigu des responsabilités en matière de développement durable(8).
Bien que des niveaux élevés de sensibilisation à l'environnement ne conduisent pas toujours à des ajustements significatifs du comportement, des recherches antérieures ont montré que les personnes plus sensibilisées à l'environnement étaient plus disposées à accepter des changements politiques coûteux pour protéger l'environnement, tels que des taxes plus élevées sur les carburants(9).
Or, pour éviter un changement climatique grave, le monde doit réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre (GES). Si l'innovation est essentielle, les changements de comportement sont également primordiaux et les taxes sur le carbone pourraient être l'un des moyens les plus efficaces et les plus rentables pour s'attaquer au problème du réchauffement de la planète.
Ce dernier impose des coûts énormes aux générations futures qui en subiront les conséquences. Cependant, les coûts de la pollution ne sont pas reflétés dans les prix actuels du marché des biens et des services. Par exemple, les entreprises et les ménages qui produisent des émissions de GES en conduisant des voitures ou en produisant de l'électricité ne paient pas directement pour les pertes et les dommages causés par cette pollution. Pour remédier à cette défaillance du marché, les gouvernements pourraient être amenés à internaliser les coûts des dommages environnementaux futurs en fixant un prix sur ce qui en est la cause, à savoir les émissions de GES.
Cela dit, la taxe carbone peine à se mettre en place en raison du lobbying exercé par les acteurs du secteur des combustibles fossiles. En outre, l’opposition du public est notable puisque les prix reflèteraient certes mieux la réalité économique, mais seraient également plus élevés pour de nombreux produits. Pourtant, la communauté scientifique a averti que, si les pratiques actuelles se poursuivent, le monde sera confronté à de nombreuses conséquences négatives, notamment des pénuries d'eau et de nourriture, une perte de biodiversité et des migrations forcées.
Dès lors, l'éducation joue un rôle essentiel, car elle fournit les connaissances et les compétences fondamentales permettant d'identifier et de résoudre les problèmes environnementaux, et de façonner les attitudes et les comportements qui conduisent à une action à la fois individuelle et collective. Tel que discuté précédemment, une bonne gouvernance réduisant la corruption contribuera à améliorer les chances d’atteindre les objectifs de réduction de GES.
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