Yoann Ignatiew
Associé-Gérant, Responsable de la gestion actions internationales et diversifiée

Le deuxième trimestre a été marqué par une dynamique en deux temps. Les marchés ont premièrement connu un accès marqué de nervosité en début avril, donnant lieu à une correction brutale, déclenchée par les annonces de barrières douanières lors du Liberation Day1 et les revirements du Président Trump. L’indice VIX2 a atteint un pic de 52 %, faisant d’avril le mois le plus volatil depuis mars 2020 et surpassant même les tensions initiales liées à l’éruption du conflit ukrainien3. L’instauration d’une trêve de 90 jours a toutefois offert aux marchés un répit bienvenu. Cette accalmie, combinée à l’annonce de deux accords commerciaux avec le Royaume-Uni et la Chine, a ravivé l’optimisme des investisseurs, propulsant certains indices au-delà de leurs niveaux de mars 2025, vers de nouveaux sommets historiques. Dans ce contexte, les flux acheteurs des investisseurs particuliers américains conservent leur régularité, alors que le fonds systémiques qui avaient dû réduire leur exposition lors du pic de volatilité en avril redéployent leurs liquidités. Le S&P 500 a ainsi enregistré une hausse de 10,8 %3, porté une fois de plus par les valeurs technologiques, les « Magnificent 74 » rebondissant de 20,4 %3. Le rebond a été moins marqué en Europe, l’Euro Stoxx 50 affichant une performance de 2,7 %3 en attente de plus de clarté sur les fronts géopolitique et commercial. Les signaux d’ouverture au secteur privé du gouvernement chinois, ainsi que l’entente sur un premier accord avec les États-Unis, ont permis à l’Hang Seng de s’apprécier de 5,7 %3.
R-co Valor a clôturé le deuxième trimestre en hausse de 2,0 %5. Malgré la dévalorisation du dollar, l’exposition aux actions américaines se distingue comme principal contributeur à la performance, accompagnée en moindre mesure par l’Amérique Latine et le Canada.
Le rebond des actions américaines s’est inscrit dans un climat d’optimisme. Les marchés ont progressivement écarté le risque d’une mise en place de tarifs douaniers évoqués lors du Liberation Day, qui auraient porté les barrières commerciales à leur plus haut niveau depuis 19303. Ce scénario, redouté pour ses potentiels effets récessifs, avait conduit le FMI à réviser en avril ses prévisions de croissance du PIB américain à 1,8 %, soit le rythme le plus faible depuis la crise financière de 2008, hors période pandémique. Cet optimisme ambiant pourrait toutefois virer à la complaisance : les investisseurs ont réagi avec une certaine indifférence à la montée des tensions entre les États-Unis et l’Iran, écartant le risque de fermeture du détroit d’Ormuz et ses potentielles répercussions sur les prix de l’énergie et la rentabilité des entreprises, notamment européennes. L’Europe, quant à elle, reste exposée à une incertitude commerciale persistante, le président Trump ayant à plusieurs reprises brandi la menace de droits de douane à l’encontre des États membres. Les négociations transatlantiques peinent à progresser, freinées par l’absence d’une voix unique au sein de l’Union européenne et par des intérêts parfois divergents, qui ralentit la formulation de positions communes. Dans ce contexte de décrédibilisation institutionnelle aux États-Unis, le dollar poursuit sa dévalorisation, enregistrant une baisse d’environ 12 %3 face à l’euro depuis le début de l’année — sa pire performance sur un premier semestre depuis 1973.
En parallèle, la Chine a déployé plusieurs mesures de soutien à son économie : affaiblissement du renminbi face au dollar, baisse des taux directeurs en avril, et allègement des réserves obligatoires des banques afin de stimuler le crédit. Ces initiatives visent à stimuler la consommation intérieure. Cette dernière a montré des signes de reprise en juin, avec une progression des ventes au détail de 6,4 % sur un an3, soit le rythme le plus soutenu depuis décembre 2023.
Du point de vue sectoriel, les titres financiers, technologiques et miniers se distinguent parmi les principaux contributeurs à la performance, portés par Coinbase, Uber et les mines cuprifères. Les principaux détracteurs sont le luxe et la santé, toujours affectés par les incertitudes liées au commerce international et aux évolutions réglementaires. Au sein de R-co Valor, l’exposition aux actions s’établissait à 77 % à fin juin5. Dans un contexte de forte volatilité, nous avons adopté une approche tactique et opportuniste au second trimestre. Au début du mois d’avril, deux programmes de rachats représentant 2,5 % de l’encours ont été déployés5, en complément de celui de fin mars. Parallèlement, plusieurs renforcements ciblés ont été opérés, portant l’allocation actions à 79 % au cours de la première semaine du mois5, les marchés intégrant une prime de risque plus en phase avec l’environnement incertain. Le secteur du luxe a été renforcé via LVMH et Richemont, tout comme les financières avec Huntington Bancshares et Citigroup. Des positions ont également été augmentées dans les secteurs industriel, technologique, de la santé et du transport ferroviaire, sans biais géographique. Nous avons privilégié des titres ayant sur-réagi aux tensions commerciales (Bombardier) ou injustement sanctionnés (Grab, Meta). Dans les matières premières, les bénéfices réalisés sur Agnico Eagle ont été redéployés vers Freeport McMoRan et Ivanhoe Mines, renforçant notre exposition au cuivre. En mai, des prises de bénéfices ont été réalisées sur Uber et MercadoLibre, tandis que des opportunités ont été saisies dans la santé (Thermo Fisher, Medtronic, Pfizer) et l’énergie (AES). En juin, nous avons allégé Meta, Coinbase et Walt Disney, tout en poursuivant nos achats dans la santé (Thermo Fisher, Biomarin) et le luxe (LVMH). Ivanhoe Mines a été renforcée malgré l’arrêt temporaire d’un site minier, consolidant notre position structurelle sur le cuivre. Dans l’environnement actuel, nous maintenons une approche très sélective à l’égard des opportunités d’investissement, les valorisations reflétant un sentiment optimiste, voire complaisant, à l’égard des nombreux risques géopolitiques. Notre exposition monétaire historiquement élevée, autour de 23 % du fonds5, nous permet de contenir une partie de la volatilité des marché et de saisir les opportunités que cette dernière nous offre.
R-co Valor Balanced affiche une exposition actions à 43 %, la poche obligataire représente 52 %, le reste étant investi en monétaire et assimilé5. Le fonds affichait une performance de 2,0 % sur le trimestre5.
La poche actions de R-co Valor Balanced réplique celle de R-co Valor.
Les mouvements effectués ainsi que le positionnement sont identiques.
La politique monétaire américaine reste en suspens, dans un climat de tensions budgétaires et géopolitiques. La Réserve fédérale a maintenu ses taux directeurs inchangés dans la fourchette de 4,25 % à 4,5 %3, Jerome Powell soulignant la nécessité d’évaluer plus précisément l’impact des mesures tarifaires sur l’inflation et la croissance avant tout ajustement. Au cours de la première semaine d’avril, les craintes d’un regain inflationniste lié aux droits de douane, combinées aux critiques virulentes du président Trump à l’encontre de la Fed, ont provoqué une envolée du rendement des bons du Trésor à 10 ans, enregistrant leur plus forte hausse hebdomadaire depuis novembre 2001. Parallèlement, le projet de loi budgétaire One Big Beautiful Bill, porté par les Républicains, a franchi une étape décisive au Sénat. Prévoyant une extension des baisses d’impôts de 2017, le texte pourrait, selon le Bureau du budget du Congrès américain, creuser le déficit fédéral de 3 300 milliards de dollars d’ici 20343, portant le ratio dette détenue par le public sur PIB à 124 %3, 700 points de base au-dessus de ses estimations de janvier. Dans ce contexte d’incertitude budgétaire, Moody’s a abaissé la note souveraine des États-Unis à Aa1, rejoignant ainsi Fitch et S&P. Les marchés obligataires ont réagi immédiatement, avec un retour temporaire des taux à 30 ans au-dessus de 5 %3. Les anticipations de baisse des taux ont été revues à la baisse, passant de quatre à deux d’ici fin 2025, le marché percevant désormais une incidence plus modérée des droits de douane sur l’économie américaine, mais également une détérioration des données sur l’emploi.. En Europe, la BCE a abaissé ses taux à deux reprises, ramenant le taux de dépôt à 2,0 %6, jugeant l’inflation sous contrôle. L’Allemagne a quant à elle rompu avec l’orthodoxie budgétaire, validant un plan d’investissement de 847 milliards d’euros d’ici 2029, portant la dette publique à 82 % du PIB3, soit 20 points au-dessus du niveau de 2024. Sur les marchés, le reflux de la volatilité s’est accompagné d’un resserrement des primes de risque : l’indice iTraxx Crossover, baromètre du crédit à haut rendement, est passé de plus de 400 points de base en avril à 283 à fin juin3. Au deuxième trimestre, le marché primaire a connu une forte activité, les entreprises profitant de conditions favorables pour refinancer leurs dettes. En particulier, le mois de juin s’est démarqué avec près de 65 milliards d’euros émis par les entreprises non financières3, un volume nettement supérieur à celui de l’année précédente (39 milliards) et parmi les plus élevés historiquement. Cette dynamique s’est traduite par un resserrement des primes à l’émission, notamment sur le segment Investment Grade7, et un taux de couverture moyen de 3,3 fois, témoignant de l’appétit marqué des investisseurs. Le marché du High Yield8 a également été très actif, atteignant un record mensuel de 22,4 milliards d’euros3, avec une forte proportion de titres notés B. La performance trimestrielle des obligations d’entreprise en euros est restée positive, les indices Investment Grade et High Yield euros affichant des performance de 1,7 % et 2,1 % respectivement3. L’activité sur la poche obligataire a été marquée par une gestion active et sélective au second trimestre. En avril, nous avons légèrement réduit la sensibilité du portefeuille en allégeant notre position sur les bons du Trésor allemand à 10 ans, initiée le mois précédent. Dans un marché primaire peu animé, nous avons été présents sur le segment Investment Grade, avec des achats ciblés d’obligations HLD Europe et Tikehau, offrant une prime d’émission jugée attractive. Pour la première fois de l’année, nous avons également participé à une émission High Yield, celle de Lottomatica, dont l’amélioration des fondamentaux a été saluée par Moody’s (notation relevée à BB). Dans le sillage de l’élargissement des spreads9 européens post-Liberation Day, nous avons réduit temporairement notre couverture CDS10 sur l’indice iTraxx Main, avant de la rétablir en fin de mois à son niveau initial. En mai, nous avons poursuivi notre stratégie sélective avec deux nouvelles émissions Investment Grade — Matmut et Nexi — offrant un couple rendement/risque attractif. En juin, l’activité s’est intensifiée avec l’achat de titres Senior Unsecured d’Informa et Kering, ainsi que des obligations financières de Julius Baer (Senior) et Klésia Prévoyance (Subordonnée). Nous gardons toujours en place notre couverture CDS sur l’Indice Main iTraxx pour nous prémunir d’une éventuelle résurgence du risque systémique.
La sensibilité de la poche obligataire est de 4,2 à fin juin ; le rendement est de 3,3 %. (Durée d’investissement recommandée 3-5 ans)5.
*Le rendement actuariel est le rendement obtenu en conservant un actif financier jusqu'à son échéance (durée de vie restante) et en réinvestissant les intérêts au même taux actuariel