Anthony Bailly
Responsable de la Gestion Actions Européennes

Après la forte correction de mars, les marchés actions ont rebondi début avril, portés par l’espoir d’un apaisement au Moyen-Orient. L’ultimatum adressé à l’Iran par Donald Trump a finalement débouché sur un cessez-le-feu et l’ouverture de négociations à Islamabad. Faute d’accord, les tensions se sont toutefois rapidement ravivées : le baril est reparti à la hausse, pesant sur les marchés européens. En fin de mois, l’annonce par les États-Unis d’un blocus naval iranien dans le détroit et de l’escorte des navires alliés a de nouveau alimenté les inquiétudes géopolitiques. Sur le plan macroéconomique, la croissance européenne restait atone (+0,1 %), tandis que l’économie américaine accélérait (+2,0 %)1. Les banques centrales ont, de leur côté, laissé leurs taux inchangés, avec un risque de nouvelles hausses toujours présent en Europe. Ce contexte a soutenu le S&P 500 (+8,8 %) et le MSCI World (+7,9 %), alors que la progression de la zone euro était moins marquée (+6,6 %)1.
En Zone euro, l’espoir d’une résolution rapide du conflit a largement orienté les performances sectorielles du mois d’avril, en favorisant les valeurs cycliques. La Technologie (+11,8 %)1, portée par le rebond des semiconducteurs, a enregistré la plus forte progression. Les Médias (+9,7 %) ont été soutenus par l’OPA sur UMG, tandis que les Banques (+8,8 %) ont effacé une partie de leur sous-performance du mois de mars1. À l’inverse, les secteurs défensifs sont restés en retrait, à l’image de la Distribution (+0,6 %) et de la Santé (-3,9 %)1. Les Loisirs et Voyages (-2,5 %)1 ont également sous-performé, pénalisés par leur sensibilité à la remontée du prix du baril.
En termes de style de gestion, le style Croissance2 (+7,2 %) a surperformé le marché de +0,7 % et la Value3 de +1,8 %1, soutenu par le rebond des valeurs cycliques et des semiconducteurs au sein de la Technologie. Cette dynamique s’est traduite par une remontée de la prime de valorisation de la Croissance par rapport à la Value, passée de 68 % à 74 % sur le mois1. Nous restons néanmoins confiants dans la poursuite de la normalisation de cette prime, engagée depuis trois ans, dans un environnement de taux durablement élevé, voire susceptible de se tendre davantage, et alors qu’une redynamisation progressive de l’économie européenne pourrait se dessiner malgré les tensions géopolitiques. Ce contexte devrait continuer de bénéficier aux secteurs financiers et industriels.
Le fonds R-co Conviction Equity Value Euro a progressé de +8,4 % sur le mois4. Cette performance s’explique principalement par son positionnement procyclique et financier, en particulier sa surexposition au secteur bancaire. La sélection de titres a également contribué de manière significative, portée par la forte progression de plusieurs convictions du portefeuille, notamment Raiffeisen (+31,0 %), Siemens (+22,8 %) et STMicroelectronics (+60,8 %)4.
En cours de mois, nous avons effectué de légers arbitrages dans le portefeuille afin de tirer parti des opportunités créées par la forte volatilité des marchés. Nous avons renforcé certaines valeurs aux fondamentaux solides lors de leur phase de faiblesse, à l’image de Saint-Gobain, Deutsche Telekom et Fresenius, À l’inverse, nous avons allégé certaines valeurs qui avaient fait preuve d’une forte résilience, telles que Technip Energies ou Wolters Kluwer.
Dans un environnement géopolitique incertain, notre scénario central reste celui d’une perturbation transitoire. Les États-Unis ont intérêt à une désescalade rapide : un pétrole durablement supérieur à 100 USD pèserait sur la consommation, raviverait les tensions inflationnistes, contraindrait la Fed à durcir sa posture et pénaliserait les marchés financiers, avec un coût politique élevé à l’approche des élections de mi-mandat. La Chine serait également exposée à une perturbation prolongée des flux pétroliers via Ormuz, tandis que la rencontre prévue entre Donald Trump et Xi Jinping en mai pourrait contribuer à stabiliser la situation. Enfin, si le détroit d’Ormuz demeure un levier de pression pour l’Iran, le pays apparaît isolé dans la région et confronté à une dégradation de sa situation économique.
Malgré ces tensions, nous continuons de privilégier, à horizon du second semestre 2026, un scénario de reconstitution graduelle du cycle industriel européen, soutenu notamment par les plans d’investissement publics allemands.