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Monthly Macro Insights — Février 2026

Stratégie  —  05/02/2026

Marc-Antoine Collard

Chef économiste – Directeur de la recherche macroéconomique

L'économie mondiale aborde l'année 2026 dans un contexte inhabituel mêlant résilience et tensions, reflétant la capacité durable des entreprises et des ménages à absorber les chocs. La question clé est de savoir combien de temps les vents contraires liés à l'évolution des politiques commerciales, à l'incertitude géopolitique et à l'affaiblissement des marchés du travail pourront continuer à être compensés par la forte augmentation des investissements des entreprises et au soutien budgétaire et monétaire continu.

Perspectives optimistes malgré des risques élevés

La stabilité apparente de la croissance mondiale masque des forces contradictoires. L'environnement commercial mondial reste fragile, alors que les mesures protectionnistes et les politiques industrielles continuent de générer de l'incertitude. À l’inverse, les dépenses d'investissement liées à la technologie, en particulier dans les domaines de l'intelligence artificielle (IA), des semi-conducteurs et des infrastructures cloud, se sont avérées un puissant moteur de l’économie mondiale.

Au niveau régional, la dynamique et les sources de résilience restent très inégales. L'économie américaine a été l'épicentre de ce boom technologique, qui a stimulé les investissements des entreprises, mais aussi la consommation grâce à l'effet de richesse. De son côté, l'excédent commercial record de 1 200 milliards de dollars de la Chine1  a couronné une année au cours de laquelle la demande extérieure a compensé la faiblesse persistante de la demande intérieure. Malgré une forte baisse des exportations vers les États-Unis l'année dernière, le secteur extérieur a contribué le plus à la croissance du PIB depuis 1997, les entreprises chinoises ayant accru leurs parts de marché dans d'autres régions. Enfin, bien que la croissance de la Zone euro ait surpris à la hausse, elle s'est fortement concentrée dans deux pays, l'Irlande et l'Espagne. En outre, contrairement aux États-Unis ou à certaines régions d'Asie, la Zone euro n'a capté qu'une part limitée du boom mondial des investissements technologiques. Cela dit, le consensus estime que la politique budgétaire des grandes économies telles que l'Allemagne devrait soutenir l'activité et pourrait contribuer à réduire l'écart de croissance avec les États-Unis.

Cependant, la bonne tenue de l’économie mondiale s'est accompagnée d'un ralentissement de l'emploi à un rythme qui, historiquement, a précédé les récessions. Ce découplage place l'expansion mondiale à un tournant sensible sur le plan cyclique. Soit l'affaiblissement de la demande de main-d'œuvre, combiné à une inflation persistante, s’avérera propice à une baisse du pouvoir d'achat des ménages, pesant ainsi lourdement sur l'activité. Soit la solide augmentation de la richesse et l'accès au crédit pourraient prolonger la résilience des consommateurs, ce qui soutiendrait à son tour le moral des entreprises et ultimement l'embauche, comblant ainsi progressivement l'écart. Pour l'instant, la majorité des investisseurs restent convaincus que ce dernier scénario prévaudra.

Parmi les autres facteurs de vigilance, une correction brutale des valorisations boursières liées à l'IA, due à une réévaluation des prévisions de productivité, représente un risque extrême particulièrement important, compte tenu de la forte concentration des dépenses d'investissement et des valorisations dans un petit nombre d'entreprises et de secteurs. Le regain de tensions géopolitiques et la fragmentation commerciale ajoutent encore à la fragilité.

Dans l'ensemble, les investisseurs s'attendent à ce que l'économie mondiale en 2026 ne connaisse ni boom ni ralentissement, mais plutôt une phase d'adaptation. Derrière cette résilience se cache un système mondial en transition, façonné par l'accélération technologique, l'évolution des alliances géopolitiques, les changements dans les doctrines politiques et les contraintes politiques croissantes.

Un nouveau président de la Fed

Au cœur de l'incertitude macro-financière mondiale au début de l'année 2026 se trouve la désignation de Kevin Warsh au poste de président de la Réserve fédérale américaine. Sa désignation par le président Donald Trump, qui met fin à des mois de spéculations, introduit une incertitude significative quant à l'orientation future de la politique monétaire américaine. Les marchés ont réagi avec un mélange de soulagement et d'appréhension, reflétant la dualité complexe des récentes opinions politiques de M. Warsh.

Au cours de son mandat en tant que gouverneur de la Fed (2006-2011), Warsh était considéré comme un faucon, favorable à une politique plus restrictive, même en période de croissance atone et de chômage élevé. En revanche, ses récentes déclarations publiques sont alignées sur les appels de l'administration Trump en faveur d'une baisse des taux d'intérêt, arguant notamment que les gains de productivité liés à l'IA contribueront à contenir les pressions inflationnistes.

Warsh a également critiqué à plusieurs reprises l'expansion du bilan de la Fed et ses interventions non conventionnelles, les présentant comme des écarts par rapport au mandat de l'institution. Ainsi, une Fed dirigée par Warsh pourrait chercher à réduire l'empreinte de la banque centrale sur les marchés financiers, en transférant la responsabilité de la gestion des crises au Congrès et au Trésor. Si une telle réorientation est de nature à renforcer la discipline institutionnelle, elle limitera néanmoins la capacité de la Fed à réagir rapidement aux turbulences financières, en particulier dans un contexte de fort effet de levier, de valorisation élevée des actifs et de tensions épisodiques sur la liquidité.

Dans l'ensemble, l'évolution de Warsh alimente l'incertitude : que son leadership marque un retour à une politique monétaire plus orthodoxe ou le début d'une Fed plus alignée sur le souhait de politiciens, les implications seront profondes, non seulement pour les États-Unis, mais aussi pour l'économie mondiale. Une Fed plus restrictive pourrait resserrer les conditions financières mondiales, en particulier pour les marchés émergents sensibles à la liquidité en dollars et à la volatilité des flux de capitaux. À l'inverse, si le nouveau président donne la priorité à la croissance et s'aligne sur la volonté de l'administration de baisser le taux directeur, les efforts de désinflation pourraient être compromis, avec des répercussions négatives sur le marché obligataire. L'un ou l'autre de ces scénarios ajoute de l'incertitude à un environnement mondial déjà fragile.

Cela dit, le pouvoir de Warsh est loin d'être illimité. Il est vrai qu'un président de la Fed peut exercer une influence considérable sur le Federal Open Market Committee (FOMC)2 en orientant les débats, en définissant le programme politique et en guidant l'interprétation des données économiques par les membres. Les communications publiques du président contribuent également à façonner les attentes à l'intérieur et à l'extérieur de l'institution, orientant subtilement le centre de gravité du FOMC. Cependant, malgré ce rôle de leader, le président ne dispose en fin de compte que d'une seule voix parmi les douze membres votants à chaque réunion. Les décisions du FOMC requièrent un consensus, et les douze présidents des Fed régionales de même que les six gouverneurs conservent une totale indépendance dans leurs évaluations. Par conséquent, l'influence du président est significative mais non décisive, car elle s'inscrit dans le cadre de la structure décisionnelle collective du FOMC.

Achevé de rédiger le 4 février 2026.

[1] Source : Bloomberg, 30/01/2026.
[2] Federal Open Market Committee : organe de la Fed en charge du contrôle des opérations d'open market aux États-Unis.