Marc-Antoine Collard
Chef économiste – Directeur de la recherche macroéconomique

La croissance économique mondiale en 2025 s’est révélée étonnamment résiliente, ne ralentissant que légèrement par rapport à 2024, selon les dernières estimations. Le « front-loading »1 des échanges commerciaux a joué un rôle important. De plus, la faible volatilité des marchés financiers, la performance élevée des actions et des écarts de crédit serrés ont facilité les emprunts et l’investissement des entreprises. Surtout, le boom de l’investissement dans l’intelligence artificielle (IA) s’est imposé comme un puissant moteur de croissance. Les dépenses consacrées aux infrastructures IA – des centres de données à la fabrication de semi-conducteurs – ont représenté une part significative de la croissance du PIB américain et ont soutenu l’activité en Asie et en Europe. Par ailleurs, la bonne dynamique du marché boursier, tirée en grande partie par les gains du secteur technologique, a généré des effets de richesse positifs pour les ménages à revenu élevé, soutenant la consommation privée.
Certains de ces facteurs étant éphémères, le scénario 2026 repose sur une certaine perte de vitesse par rapport à l’an dernier. Les investissements liés à la transition numérique et à l’IA resteraient dynamiques, mais leur rythme s’essoufflerait. L’inflation poursuivrait sa lente décélération, améliorant le pouvoir d’achat des ménages, tout en demeurant au-dessus des cibles dans plusieurs régions en raison des pressions persistantes dans les services, compliquant la tâche des banques centrales. Enfin, après les perturbations liées aux tensions géopolitiques et aux droits de douane, une reprise timide des échanges commerciaux pourrait se dessiner, sans retrouver la vigueur des années pré-pandémie. Globalement, 2026 s’annonce comme une année de croissance plus modeste, entourée d’un niveau d’incertitude particulièrement élevé.
Si 2025 s’est achevée sur une légère détérioration de la confiance des entreprises, les PMI2 restent globalement bien orientés, tant dans le secteur manufacturier (50,4) que dans les services (52,4), compatibles avec une croissance mondiale relativement dynamique. Les investissements liés à l’IA pourraient encore cette année surprendre par leur robustesse, surtout s’ils génèrent des gains de productivité substantiels, améliorant l’efficacité des processus dans des secteurs variés, de la santé à la finance en passant par l’industrie manufacturière. Par ailleurs, la baisse des cours du pétrole et du gaz observée en 2025 devrait se poursuivre, allégeant la facture énergétique des entreprises et des ménages. La diminution des prix alimentaires contribuerait également à contenir l’inflation globale. Ainsi, les banques centrales pourraient poursuivre leur cycle d’assouplissement monétaire, favorisant la reprise de l’investissement privé et la consommation. Enfin, plusieurs pays – notamment les États-Unis, le Japon et l’Allemagne – ont annoncé des plans budgétaires visant à stimuler la demande interne, et l’on s’attend à ce que la Chine adopte elle aussi des mesures de soutien, renforçant la dynamique mondiale.
La demande de travail s’est fortement modérée et les taux de chômage ont augmenté dans la plupart des économies avancées, bien qu’ils restent historiquement bas. Des signes de fragilité apparaissent et les fragmentations se sont amplifiées dans certains pays. Les États-Unis illustrent cette dichotomie : le profil « en K » est visible au sein des marchés financiers, des entreprises et des ménages. La performance boursière des « 7 Magnifiques » – Amazon, Apple, Google, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla – a encore surpassé celle des autres sociétés. Le boom des dépenses d’investissement liées à l’IA a éclipsé la faiblesse des autres investissements, tandis que la robustesse du PIB masque le fléchissement des embauches. L’écart de situation financière entre les ménages détenteurs d’actions et ceux qui n’en possèdent pas, vivant de leur seul salaire face à une inflation persistante, s’est creusé.
Le durcissement des conditions financières constitue également un risque. Bien que les taux directeurs aient été abaissés, les marchés obligataires restent sous pression : les rendements à long terme ont atteint des plus hauts en près de 20 ans, en raison des inquiétudes sur l’inflation et la soutenabilité des dettes publiques.
Enfin, si l’IA est une force transformatrice, son développement rapide pose des risques pour la stabilité financière. L’enthousiasme des investisseurs a propulsé les ratios cours/bénéfices du secteur à des niveaux historiquement élevés, suscitant des craintes de bulles d’actifs. Jamais autant de capital n’avait été déployé si rapidement dans une technologie dont la rentabilité reste incertaine. Si les attentes en matière de bénéfices ne se concrétisent pas, une correction des valeurs liées à l’IA pourrait déclencher une volatilité plus large, compte tenu du poids du secteur dans les principaux indices.
En parallèle, l’incertitude commerciale demeure un risque majeur. Des tarifs douaniers américains toujours élevés et une possible escalade des tensions pourraient freiner les flux commerciaux et l’investissement. La chute des prix à l’exportation des biens chinois pourrait accentuer la pression concurrentielle sur les fabricants européens et asiatiques, érodant les marges et ralentissant la production industrielle.
Achevé de rédiger le 7 janvier 2026.